UN MUSÉE PLANTÉ AU COEUR MÊME DE L'EUROPE (20minutes.fr, le 9 avril 2009)
Europos Parkas, musée d'art contemporain en plein air. A vingt kilomètres seulement du centre de Vilnius, la forêt a déjà repris ses droits. Pas de banlieue tentaculaire ici, mais des maisons de bois bleue azur ou jaune canari dispersées sur les collines. Dans le bois de pins et de bouleaux encore enneigé, une carcasse de roulotte se penche comme pour laper l'eau d'une mare gelée. La Structure buvante de Denis Oppenheim, l'un des papes du Land-art américain, a l'air d'une bête paisible. Bien mieux là qu'entre les murs d'un musée. C'est Gintaras Karosas, un artiste lituanien, qui est à l'origine de ce parc. « Il avait deux motivations majeures, explique son assistante. D'abord, unir la nature et l'art. Ensuite marquer de manière artistique le centre symbolique de l'Europe. »
Le site est en effet tout près du centre géographique du continent européen qui s'étend jusqu'à l'océan Arctique. Il a été fixé par l'Institut national géographique français en 1989. « C'était juste avant l'indépendance lituanienne, poursuit l'assistante du créateur. L'idée était innovante. » Karosas a donc invité d'autres artistes contemporains. Et le musée s'est étendu. Aujourd'hui, une centaine d'oeuvres émaillent le parcours. Dont L'Arbre des informations, sorte de mini-labyrinthe composé de vieux téléviseurs à tube cathodique, vestige d'une création encore plus grande qui rassemblait, à l'origine, 2 903 miroirs aux alouettes. Au coeur du labyrinthe : la statue de Lénine a perdu sa tête au fil du temps. Ce dédale se veut le rappel ironique de ce qu'a été la propagande soviétique.
Le rapport à la Russie est un thème cher aux artistes de l'Est. Un thème repris d'ailleurs pour l'exposition « Space Oddity », qui présente le travail de neuf artistes des pays Baltes à la Maison Folie de Wazemmes*. Sauf que là, les oeuvres ne sont pas plantées au milieu de la forêt.
Stéphanie Maurice Envoyée spéciale à Vilnius