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Linas Linkevicius : Ukraine : « Il faut que nous soyons cohérents avec notre stratégie et isoler la Russie ». Les Echos, Le 04/06

Par deux fois ministre de la Défense dans son pays, ancien ambassadeur auprès de l’OTAN, Linas Linkevicius est de ceux qui plaident pour une ligne ferme face à Moscou dans la crise ukrainienne. Linas Linkevicius (Ministre des Affaires étrangères de Lituanie)


Virginie Robert / Chef du Service International et Catherine Chatignoux / Chef de service adjointe |

Est-ce que l’accord de Minsk signifie quelque chose encore ?

Les efforts n’ont pas porté leurs fruits, il n’y a pas eu de stabilisation de la situation à l’est de Ukraine. Selon diverses sources, il y a toujours des troupes russes sur le territoire ukrainien ainsi que des armements lourds. C’est très alarmant. Les Russes nous testent. Allons nous vraiment faire ce que nous avions décidé, c’est à dire continuer à mettre la pression ? J’espère que les sanctions vont être étendues à la fin du mois de juin. Jusqu’ici, elles ont eu un impact politique et économique certain, mais on n’a pas vu les résultats sur le terrain en Ukraine. Il faut que nous soyons cohérents. Les accords de Minsk comprennent plusieurs volets, pas seulement le cessez-le feu, qui est difficile à mettre en oeuvre et à vérifier. II était également prévu de faciliter une présence internationale impartiale sur la frontière russo-ukrainienne. Elle n’a pas été déployée alors qu’elle reste indispensable pour contrôler les incursions d’armes et de troupes russes.

Quelle aide doit être apportée aux Ukrainiens ?

Ils ont besoin d’armes et d’équipements. Nous devons rester unis pour accroître la pression sur la Russie. Il faut qu’on l’isole davantage politiquement, même s’il ne s’agit pas de rompre tous les liens, d’ailleurs le dialogue a toujours été maintenu avec les Russes pendant la guerre froide. Mais il faut savoir que dès qu’il y a des réunions de haut niveau avec les Occidentaux, les Russes s’en emparent pour souligner leur importance et accentuer leur propagande. Donc, d’un côté, il faut accentuer la pression avec les sanctions et renforcer l’isolement de la Russie. De l’autre, il faut venir plus directement en aide aux Ukrainiens. Il y a aussi des problèmes qu’on ne peut pas régler rapidement, comme celui de la corruption. Si les pays européens envoient leurs experts et aident le gouvernement ukrainien, cela pourra s’améliorer.

Dans ce contexte, l’Otan prend de plus en plus d’importance pour les Etats baltes ?

Nous avons eu un très bon sommet au Pays de Galles. Il va y avoir davantage d’exercices militaires de l’OTAN durant l’année et plus de formation. Tout cela est bienvenu. Il faut pouvoir défendre les populations, mais aussi éviter que nous soyions défiés. Nos opinions publiques sont inquiètes. En Lituanie, nous avons augmenté nos dépenses de défense pour qu’elles atteignent 2 % du PIB d’ici à 2020. Nous avons aussi rétabli la conscription. C’est notre contribution à la défense collective. L’Europe n’est ni entière ni libre aujourd’hui en raison de ces conflits et de ces ambitions. Il faut que la loi internationale s’applique et que les frontières de l’Europe soient respectées.