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LE MÉCONNU CIURLIONIS SOUS LES PROJECTEURS DE L'EUROPE (L'Humanité, le 11 août 2009)

LITUANIE. Vilnius, capitale européenne de la culture en 2009, expose le plus illustre des peintres et musiciens du pays, figure du symbolisme.

Qui connaît Mikalojus Konstantinas Ciurlionis (1875-1911) ? Les amateurs du Musée d’Orsay se rappelleront, qui sait ? de la première rétrospective consacrée à un obscur peintre balte à la fin de l’année 2000. Mais rien n’est moins sûr.

Le peintre et compositeur lituanien Ciurlionis reste encore très méconnu en dehors des frontières de son pays où il est considéré comme un « héros », un « génie » ou bien encore un « trésor national ». « Mikalojus Konstantinas Ciurlionis devrait être une figure de légende. S’il n’était né dans une Lituanie opprimée par l’occupation russe, puis soviétique, si la quasi-totalité de son oeuvre n’était conservée par le musée des Beaux- Arts de Kaunas – d’où elle n’est guère sortie jusqu’à l’indépendance de son pays natal –, il occuperait dans l’histoire du symbolisme européen la place qui lui revient : celle du possédé foudroyé », affirmait en novembre 2000 le critique d’art Philippe Dagen.

Désignée capitale européenne de la culture pour l’année 2009, Vilnius a décidé de braquer cet été les projecteurs européens sur son artiste le plus illustre. Celui qui influencera des peintres comme Kandinsky, qu’il croisera à Saint- Pétersbourg en 1908, est la figure centrale de l’exposition « Dialogue des couleurs et des sons » dans la toute nouvelle galerie nationale des Beaux- Arts de Vilnius, inaugurée pour l’occasion. Né en 1875 à Varéna, il intègre l’École des beaux-arts de Varsovie en 1904. Installé à Vilnius en 1906, il organise la première exposition d’artistes lituaniens. Il se rend à Saint-Pétersbourg où ses toiles seront exposées ainsi qu’à Moscou. Travaillant jusqu’à l’épuisement, il est lâché par ses nerfs. Envoyé en 1910 au sanatorium de Pustelnik, près de Varsovie, pour y soigner une dépression nerveuse, il y meurt un an plus tard d’une pneumonie.

Au total, Ciurlionis a peint près de 300 tableaux, essentiellement entre 1903 et 1909. Il a également composé près de 300 oeuvres musicales. Pour lui, ces deux arts ne faisaient qu’un. Les titres de ses peintures sont évocateurs  : Sonate du soleil, Sonate des étoiles, Prélude et Fugue… Son travail le plus connu en Lituanie, Sonate de la mer, est composé de trois tableaux intitulés Allegro, Andante et Finale. Ciurlionis y dépeint une mer agitée, puis calme, et enfin complètement déchaînée. Dans Finale, une immense vague dont l’écume forme les initiales du peintre lituanien est sur le point d’engloutir des embarcations en forme d’ailerons de requins.

À mi-chemin entre le symbolisme et l’abstraction, Ciurlionis est difficilement classable. Les surréalistes n’auraient pas renié certaines de ses toiles. Les amateurs de fantasy apprécieront ses cités futuristes et sa série Contes de fées (les Rois, le Château et la Forteresse). Chez Ciurlionis, qui admirait la brume, la nature revêt des formes humaines inquiétantes. « Je voudrais faire une symphonie du bruissement des vagues, des paroles mystérieuses de la forêt séculaire, du clignotement des étoiles, de nos chansons populaires et de ma langueur infinie », écrit-il en 1908 à sa fiancée Sofija. Ceux qui rateront l’exposition, qui s’achève à la fin du mois, pourront visiter le musée Ciurlionis de Kaunas, deuxième ville du pays, où l’on trouve plus de cent tableaux de ce « prophète en son pays ».

Damien Roustel