LA VESTALE AU KANKLÈS (L'Humanité, le 11 août 2009)
Une mezzo-soprano lituanienne installée en France ressuscite les chants et instruments médiévaux de son pays.
Apriori, un concert de musique médiévale dans une église, inspiré des oeuvres d’une mystique allemande du XIIe siècle et intitulé Extases de Hildegarde de Bingen, n’est pas le genre d’événement propre à déclencher la ruée du grand public. Pas en Lituanie.
Il est près de 23 heures ce 20 juin. La nuit blanche culturelle, un des programmes phares de « Vilnius, capitale européenne de la culture 2009 », bat son plein. Dans le centre de la vieille ville, près de l’université, la foule se presse aux abords de l’imposante église baroque Saint-Jean. Longs cheveux de jais, la Lituanienne Biruté Liuoryté-Gambus tient dans ses mains un kanklès, très vieil instrument à cordes lituanien aux allures de cithare. À côté d’elle, se trouve la Française Catherine Schroeder. Les deux artistes sont accompagnées par deux violonistes. Au fond, des photos des illuminations d’Hildegarde de Bingen défilent sur un écran géant. Succès total. Installée en région parisienne avec son mari français et ses trois jeunes enfants, Biruté Liuoryté- Gambus fait revivre le passé médiéval de la Lituanie à travers sa voix et ses inlassables recherches. Difficile pour elle d’expliquer son amour pour le kanklès. Autrefois, « c’était l’homme qui jouait de cet instrument dans les maisons. Il calmait les esprits. Le son du kanklès est très doux, propre à la méditation », ajoute cette mezzo-soprano.
Pendant ses études de direction de choeur à l’Académie de musique de Vilnius, elle parcourt la campagne lituanienne pour coucher sur le papier tous ces chants transmis oralement depuis le fond des âges. « J’ai rencontré des grand-mères qui connaissaient 500 chansons par coeur », se souvient-elle. Arrivée en France pour étudier la musique médiévale à la fin des années quatre-vingt-dix, elle obtient le premier prix de chant grégorien et de direction de choeur au Conservatoire national de Paris. Puis elle enchaîne avec un DEA de musicologie avant de diriger l’atelier de musique médiévale à l’université de Jussieu (Paris-VI) de 2000 à 2007. « En Lituanie, nous avons un million de chants collectés. J’essaye d’en connaître les origines pour les classifier », raconte-elle. Au cours de ces dernières années, elle s’est aussi produite dans des groupes tels que les Nymphéales, Discantus ou bien Baltik. Elle a sorti quatre CD dont trois sont disponibles en France. On pourra l’écouter le 15 septembre au Centre culturel syrien de Paris.
Damien Roustel