Catherine Chatignoux
Dernier des pays Baltes à adopter la monnaie unique, la Lituanie n'a pas volé son ticket d'entrée dans le club.
Elle sera le 19 e membre. Elle en attend des bénéfices, même si elle avait lié le sort de sa monnaie à l'euro dès 2002.
La Lituanie entrera dans la zone euro en 2015
Qui rentre aujourd'hui dans la zone euro éveille le soupçon. Comment peut-on souhaiter adhérer à un club aux codes si contraignants, à l'économie déprimée et dont l'avenir est loin d'être assuré ? La Lituanie pourtant ne s'est pas fait prier. Son adhésion au club sonne même comme une évidence. Il y avait d'abord une question d'honneur. L'aîné des pays Baltes et ses 3 millions d'habitants se devaient de rejoindre ses deux voisins, la petite Estonie et la Lettonie, qui ont adhéré à la zone euro respectivement en 2011 et en 2014. « Il était temps que notre pays entre dans le cénacle à son tour, ne serait-ce que pour ne pas dissuader les investisseurs étrangers de s'intéresser à nous », note le patron de la banque centrale, Vitas Vasiliauskas.
Ensuite, le chemin à parcourir pour adopter la monnaie européenne n'était plus si long. La Lituanie a lié le litas, sa devise, à l'euro depuis 2002, avant même que le pays n'adhère à l'Union européenne. Le taux de change fixé alors (1 euro = 3,4528 L) restera le même une fois intégrée la zone euro. Pas de révolution donc pour les entreprises qui savent à quoi s'en tenir. Vasiliauskas en attend pourtant un changement de taille : « D'une certaine façon, nous avions jusqu'ici les inconvénients d'une monnaie unique sans en avoir les avantages, résume-t-il. A partir du 1er janvier, nous siégerons au Conseil des gouverneurs et nous aurons notre mot à dire sur la politique monétaire ». « Un petit pays à l'économie ouverte comme la Lituanie ne peut s'offrir le luxe d'avoir une monnaie indépendante », ajoute Rimantas Sadzius, le ministre des Finances. ll rappelle que avant l'euro, c'était au dollar que le litas était arrimé.
Première tentative en 2007
L'un des mérites de la crise est que les dirigeants de la zone euro sont désormais plus vigilants sur l'état des finances publiques et les grands équilibres économiques des candidats. La Lituanie respecte les fameux « critères » de Maastricht, ce qui n'a pas été le cas de tous les impétrants dans le passé. Elle a même obtenu de haute lutte son ticket d'entrée dans l'euro. Le ministre des Finances se souvient avec un brin d'amertume que, en 2007, son pays avait échoué à rejoindre l'euro. « Nous n'étions pas prêts , reconnaît aujourd'hui l'économiste de la Swedbank, Nerijus Maciulis. Comme dans beaucoup d'autres pays européens, notre croissance, très élevée à l'époque, était alimentée par le crédit et la bulle immobilière. Les salaires augmentaient de 20 % à 30 % par an, beaucoup plus vite que la productivité », rappelle-t-il.
La purge déclenchée en 2009 par le gouvernement d'Andrius Kubilius - baisse des salaires de 15 % environ et coupes dans les effectifs des fonctionnaires - a été d'une redoutable efficacité. Le déficit des paiements courants a été entièrement résorbé, l'inflation - dont l'excès avait motivé le refus de Bruxelles en 2007 - n'était plus que de 0,4 % en novembre et le déficit public devrait être inférieur à 2 % en 2014. Quant aux taux d'intérêt à long terme, « ils sont à des plus bas historiques », confirme Nerijus Maciulis, tandis que la dette est parmi les plus faibles d'Europe, à 40 % du PIB. Un ajustement douloureux réalisé sans la moindre aide extérieure. « Une fois dans l'euro, nous pourrons bénéficier du soutien européen si une autre crise surgit ! Nous nous offrons une police d'assurance », ajoute l'économiste.
Même si le gouvernement s'attend à ce que l'arrivée de l'euro se traduise par une petite poussée des prix - les fameux arrondis -, les experts ne sont pas inquiets d'éventuelles pressions inflationnistes qui seraient alimentées par les hausses de salaires. « Nous avons de la marge pour augmenter les salaires de 4 % à 5 % par an, car la croissance suit » , assure le ministre des Finances. La Lituanie est actuellement le plus compétitif des pays Baltes. « Et si un jour la compétitivité dérapait à nouveau, il suffirait d'une nouvelle séquence de "déflation interne" pour rétablir les équilibres. Séquence qui aurait certainement comme en 2009 l'assentiment tacite de la population », assure un diplomate.
Plus près de l'Ouest
Seule ombre au tableau, de taille, les Lituaniens ne sont pas aussi euro-enthousiastes que leur gouvernement. Le dernier sondage publié - le 15 décembre - par la Banque de Lituanie indique que 53 % de la population saluent l'adoption de l'euro. Mais une autre enquête diffusée le même jour montre que 49 % des citoyens interrogés la désapprouvent. « Il y a un peu de nostalgie, confie Rokas Tamulis, patron d'une PME à Vilnius, à abandonner le litas, que nous n'avons récupéré qu'il y a vingt ans, à notre indépendance, après des décennies de domination du rouble ! » L'intégration à la zone euro est certes un choix économique, mais sa dimension politique affleure à chaque entretien. « Plus nous nous rapprochons de l'Ouest, plus nous nous éloignons de l'Est », lance le gouverneur Vasiliauskas, qui, comme tous ses compatriotes, redoute les visées impérialistes de la Russie. Un diplomate traduit : « La Lituanie est déjà dans l'Otan, dans l'Union européenne ; elle veut être demain dans l'euro, le coeur du coeur de l'Europe ». Cet objectif-là rallie l'immense majorité des Lituaniens.