*alt_site_homepage_image*
fr

Actualités

RSS

DISCOURS DE LA VICE-MINISTRE LITUANIENNE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ASTA SKAISGIRYTĖ LIAUŠKIENĖ À L'OUVERTURE DE LA XXIVE SESSION DE L'ASSEMBLÉE RÉGIONALE EUROPE DE L'ORGANISATION INTERNATIONALE DE LA FRANCOPHONIE. Vilnius, le 15 novembre 2011.

Mesdames, messieurs,

Au nom du ministre des Affaires étrangères je vous accueille à Vilnius. C’est un plaisir de recevoir nos amis des pays francophones.

La Lituanie est loin des centres francophones européens traditionnels, mais nous avons déjà une longue histoire commune. Le Grand-Duc lituanien Gediminas, qui est aussi le fondateur de Vilnius, a tenu une correspondance directe avec les papes d’Avignon au 14ème siècle sur les questions liées au baptême du pays et les dommages causés par les ordres chrétiens militaires. Le premier ambassadeur français (Ghilebert de Lanoy) est arrivé en 1421 dans une Lituanie déjà chrétienne pour chercher des alliés contre les Turcs. De plus, au 16ème siècle, Henri III de Valois a régné brièvement sur l’État polono-lituanien avant de devenir roi de France.

Nous pouvons encore voir des traces visibles laissées par les francophones à l’époque du Grand-Duché de Lituanie. À Vilnius, il y a une vingtaine des bâtiments dessinés, construits ou décorés par des artistes suisses, comme la chapelle saint Casimir dans la cathédrale, l’église Sainte Thérèse, l’église de Saint Pierre et Saint Paul ou le Château inférieur. Je crois que vous allez voir certains d’entre eux pendant votre visite guidée de la vieille ville de Vilnius après-demain.

Une nouvelle étape du rapprochement entre la Lituanie et le monde francophone a commencée avec les guerres napoléoniennes au début du 19ème siècle. En juin prochain, nous allons commémorer l’anniversaire de la traversée du Niémen par la Grande Armée de Napoléon. En Lituanie, cette marche a encouragé l’espoir de voir restaurer l’indépendance perdue après la partition de la République des Deux Nations et, du même coup, un intérêt croissant pour la langue française.

Les relations de la Lituanie avec le monde francophone se sont encore plus intensifiées après la Première Guerre mondiale avec le rétablissement d’un État souverain. Augustinas Voldemaras, le premier ministre des Affaires étrangères, était l’arrière-petit-fils d’un militaire de la Grande Armée, resté en Lituanie. Pendant l’Entre-deux-guerres, la langue française était la langue étrangère la plus parlée de l’élite politique, scientifique et culturelle. De plus, à partir de 1936, la langue française est devenue la principale langue étrangère dans les écoles. Beaucoup de Lituaniens allaient étudier dans les pays francophones et les professeurs et enseignants des pays francophones venaient en Lituanie, comme Joseph Ehret, un Suisse, qui a fondé la première agence de presse ELTA. Un groupe de peintres lituaniens, appelé maintenant « école de Paris », s’était même formé.

Au cours de l’occupation soviétique, la position de la langue française et les liens avec le monde francophone ont été perturbés, mais il restait une possibilité d’apprendre le français dans certaines régions lituaniennes. Le séjour dans notre pays de Jean Paul Sartre et Simone Beauvoir en 1965 pourrait être un autre signe que même la dictature communiste reconnaissait la profondeur des traditions francophones lituaniennes qui sont demeurées jusqu'au rétablissement de l’indépendance.

Mesdames, messieurs,

Cette année, nous commémorons le 20e anniversaire du rétablissement des relations diplomatiques de notre pays avec la communauté internationale, y compris le monde francophone. L’établissement de relations diplomatiques n’a pas seulement été un fait symbolique : il a été suivi par un soutien politique de vos pays qui a été essentiel à la Lituanie pour la consolidation de son indépendance et de sa souveraineté. Les échanges commerciaux avec vos pays, qui s’élèvent à des milliards d’euros, et les investissements directs réciproques aident la Lituanie à créer une économie forte qui résiste à la crise économique mondiale. Nos forces armées coopèrent sur une base bilatérale et multilatérale pour renforcer la sécurité de nos pays et du monde entier. Avec votre aide et l’aide des communautés lituaniennes dans vos pays nous développons un dialogue culturel fructueux.

Cette coopération polyvalente et bénéfique a encouragé la Lituanie à chercher à la renforcer et l’approfondir. La décision de demander le statut d’observateur à l’Organisation internationale de la Francophonie en 1999, à un moment où les traditions francophones étaient encore faibles, a été un pas audacieux. Nous sommes contents que cette décision ait porté ses fruits, et l’intérêt pour la langue française et les pays francophones, encouragé par l’Organisation internationale de la Francophonie, est en croissance ces 12 dernières années.

Quelques exemples de notre coopération. Depuis l’an 2000, la Lituanie célèbre chaque année les Journées internationales de la Francophonie. À cette occasion, de nombreuses manifestations culturelles (expositions, projections de films, concerts, pièces, etc.) sont organisées par les institutions lituaniennes et les ambassades des pays francophones à Vilnius, ainsi que par les écoles, les universités et les personnes privées francophiles. Les Journées de la Francophonie sont une bonne occasion pour les gens de notre petit pays de se sentir comme faisant partie d’une communauté mondiale diverse. Cette année, au ministère des Affaires étrangères, ils ont pu découvrir un pays africain, le Rwanda, dans les yeux d’un prêtre lituanien émigré qui aide les gens durement frappés par le génocide.

Un pas un peu moins connu, mais pourtant très important, a été fait dans la coopération en 2006 quand les représentants des gouvernements lituanien, belge, luxembourgeois et français et le Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie ont signé un Mémorandum relatif à la mise en œuvre d’un programme pluriannuel de formation au français dans l’administration lituanienne, grâce auquel plus de 500 fonctionnaires chaque année améliorent leurs compétences en français. Ce programme joue un rôle très important au moment où la Lituanie se prépare à prendre la présidence de l’UE. Grâce à ce programme, les représentants lituaniens peuvent participer plus activement dans les groupes de travail du Conseil de l’UE.

Malheureusement, les membres du Parlement ne peuvent pas bénéficier de ce programme. Je voudrais suggérer de discuter de la possibilité d’organiser en parallèle une formation au français pour eux. À notre avis, ça serait une autre impulsion forte pour le renforcement de la communauté francophone, surtout dans les pays où la langue française n’est pas la première ou la deuxième langue.  

Mesdames, messieurs,

Nos pays sont des amis qui poursuivent ensemble les valeurs humaines communes, énoncées dans la Charte de l’Organisation internationale de la Francophonie : la paix, la démocratie, le respect des droits de l’homme, la coexistence fructueuse des nations et des cultures, l’éducation approfondie, la solidarité économique et sociale. L’OIF a créé une plate-forme merveilleuse dans ce domaine pour soutenir et renforcer les institutions démocratiques, y compris la déclaration de Bamako adoptée en 2000 lors du symposium international sur le thème de « L’examen de l’instauration de la démocratie, les droits et la liberté dans l’espace francophone ».  

L’expansion des valeurs démocratiques en Europe orientale est une des priorités de la politique étrangère lituanienne. Nous sommes heureux que la plupart des pays de cette région, avec lesquels nous mettons en œuvre des projets de développement de la coopération (Arménie, Géorgie, Moldavie et Ukraine) soient nos partenaires dans l’OIF. En ce qui concerne la Biélorussie, la Lituanie cherche à rester ouverte aux gens ordinaires de ce pays voisin. Plus de deux mille jeunes Biélorusses étudient librement et échangent leurs idées à l’Université européenne des sciences humaines à Vilnius, qui est membre associé de l’Agence des universités francophones. Nous croyons que, après l’entrée en vigueur de l’accord entre la Lituanie et la Biélorussie simplifiant les règles de voyage pour les personnes vivant près de la frontière, la communication entre les gens ordinaires, le rapprochement de la Biélorussie avec l’Union européenne et les processus démocratiques en Biélorussie seront plus intenses.

La Lituanie est au centre géographique de l’Europe, mais ce n’est pas seulement l’Europe que nous prenons à cœur. Cette année, notre pays préside l’OSCE, la plus grande organisation régionale. Sa présidence a donné à la Lituanie l’opportunité unique de devenir non seulement un témoin du printemps arabe, mais aussi un intermédiaire entre l’Europe et l’Afrique du Nord pour travailler directement avec les pays arabes qui sont aussi nos partenaires dans l’Organisation internationale de la Francophonie.

En avril dernier, le ministre lituanien des Affaires étrangères Audronius Ažubalis a mené une délégation de l’OSCE en visite en Tunisie. De mon côté, j’ai visité l’Égypte fin mai. Le même mois, un représentant de la Lituanie est allé au Maroc avec une délégation de l’OSCE. Pendant ces visites officielles en Tunisie, en Egypte et au Maroc, nous avons présenté des propositions d’aide et de coopération avec l’OSCE, qui ont déjà été suivies par l’organisation de différents événements et la formation de fonctionnaires, des représentants des médias et de la société civile.

Les questions de l’aide aux démocraties émergentes du monde arabe seront aussi discutées pendant la Conférence ministérielle de l’OSCE qui aura lieux les 6 et 7 décembre à Vilnius. Nous avons invité non seulement les ministres des Affaires étrangères de vos pays et des autres pays membres de l’OSCE mais aussi les représentants des pays méditerranéens partenaires de l’OSCE. Nous espérons que les décisions prises pendant la Conférence faciliteront le renouvellement et le renforcement des consultations et de la coopération entre l’OSCE et ses partenaires.

Mesdames, messieurs,

La Lituanie est un petit pays, mais les femmes et les hommes qui habitent ici sont courageux et énergiques. Pour cette raison, même si nos ressources sont limitées, nous aspirons à être un membre actif et utile des organisations internationales.

L’attachement de la Lituanie au multilatéralisme est illustré par le fait que depuis vingt ans nous sommes des participants et des partenaires des activités de l’ONU partout dans le monde. Nous contribuons aux missions de maintien de la paix, nous nous sommes activement impliqués dans les domaines du contrôle des armes, du désarmement et de la non-prolifération, de la promotion des droits de l’homme et du développement durable, nous soutenons les réformes qui augmenteraient l’efficacité de l’ONU. Nous avons eu l’honneur et le devoir de présider des institutions clés de l’ONU, comme le Conseil économique et social ou le Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO.

La Lituanie s’efforce que ses activités dans le cadre de l’ONU débouchent sur son implication dans les postes les plus importants qui nous sont ouverts. Actuellement, mon collègue l’ambassadeur Dalius Čekuolis, un vrai francophone, est le candidat du groupe des pays d’Europe centrale et orientale au poste de Président de l’Assemblée générale de l’ONU pour les élections de 2012. Un an plus tard, la Lituanie aspire à être élue membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU afin qu’elle puisse contribuer encore plus au renforcement de la paix et de la sécurité dans le monde. Surtout, durant son mandat en 2014-2015, la Lituanie essaierait d’assurer un travail du Conseil de sécurité significatif et orienté sur les résultats et de faciliter la mise en œuvre d’une vision de l’ONU forte, responsable et digne de confiance. Vos pays nous ont crus il y a vingt ans : nous leur demandons aussi de nous croire aujourd’hui et de nous soutenir avec leurs voix aux élections du Conseil de sécurité en 2013.

Selon un francophone célèbre, en politique « Les hommes donnent les impulsions aux affaires, et les affaires entrainent les hommes. » (Duc de Lévis, maréchal de France, XVIIIe siècle). Nous croyons que c’est en mettant en valeur des projets courageux que nous devenons plus courageux, c’est en résolvant des questions complexes que nous devenons plus sages, c’est en menant des activités importantes pour tout le monde que nous devenons plus ouverts.

Mesdames, messieurs,

L’honneur d’accueillir Votre Auguste Assemblée à Vilnius est un signe que le rôle de la délégation parlementaire lituanienne et de la Lituanie même dans l’Organisation internationale de la Francophonie est reconnu et apprécié.

Je suis sûre que les sujets, dont vous allez discuter aujourd’hui et les jours suivants sur le rôle des enseignants et des médias dans la promotion de l’apprentissage du français, la place de l’enseignement du français en qualité de langue étrangère et la formation pour générer la croissance et la création d’emplois, seront aussi d’actualité et utiles à la Lituanie qu’à tous les autres membres de la Francophonie. Je vous souhaite bonne chance.